ANNÉE LITURGIQUE FÉMINISTE1

1 partie
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No. 75 - CÉLÉBRATION FÉMINISTE

ANNÉE LITURGIQUE FÉMINISTE1

 

Flore Dupriez

 

 

L'année liturgique chrétienne est marquée de temps qui ont leurs cérémonies, leurs couleurs et leurs rites spécifiques. Imaginons une année liturgique féministe qui commencerait par la Chandeleur, 2 février, fête de fécondité, pour se terminer à Noël, une autre fête de fécondité.

 

Imaginons une année liturgique dans laquelle chaque fête retrouverait le sens qu'elle a eu à l'origine. Les rites qui la marqueraient comprendraient une couleur, des symboles inspirés par des pierres précieuses, des animaux, des mets destinés à manifester le sens que l'on désire leur donner.

 

La Chandeleur : fête de fécondité

La Chandeleur est la forme chrétienne qu'a prise une fête commune aux Romains et aux Celtes. Les Romains fêtaient les Lupercales, une fête de la fécondité, tandis que les Celtes fêtaient Imboic, fête du souffle vital. Sainte Brigitte, un des visages de la déesse mère celtique, est fêtée le 1er février. La Purification de Marie, le 2 février. Le 3 février, c'est saint Biaise ou le souffle froid de l'hiver, mais aussi le souffle de l'Esprit. Le 5 février, c'est sainte Agathe, la patronne des nourrices, métamorphose de la Déesse Mère sous l'aspect de Vénus.

 

Il s'agit donc d'une fête de fécondité, de lumière, de pureté, de beauté et même de souffle poétique.

 

Les rites que nous pourrions imaginer pour cette fête devraient rassembler ces aspects : la fécondité se traduirait par une gestuelle autour de la poêle à frire où l'on cuirait des crêpes, signe d'abondance; la lumière viendrait de multiples bougies allumées. Des chants et des poèmes pourraient accompagner ces gestes. Les femmes, vêtues de couleurs lumineuses, célébreraient leur fécondité, leur lumière, leur beauté et leur souffle de vie.

 

Couleur de la fête : le jaune, couleur de l'éternité, de la terre fertile.

En Chine, pour assurer la fertilité du couple, mettre le yin et le yang en harmonie, les vêtements des mariés et la couche nuptiale sont de couleur jaune.

 

Pierre symbolique : l'ambre.

L'ambre représente le fil psychique reliant l'énergie individuel à l'énergie psychique; l'âme individuelle à l'âme universelle. Il symbolise l'attraction solaire, spirituelle et divine. Un visage d'ambre est souvent attribué aux saintes et aux saints. Il signifie qu'il y a un reflet du ciel en eux.

 

L'objet du jour : la poêle à frire, instrument que nous utilisons toutes et qui

nous permet d'exploiter nos fécondités culinaires et de les partager pour notre joie et celle des autres.

 

L'animal symbolique : le lièvre ou le lapin.

Ces animaux sont liés à la Terre-Mère et à tout son symbolisme fécondant. De plus, lièvres et lapins sont des animaux lunaires, donc de connivence avec les femmes.

 

Le mets à l'honneur : les crêpes, faites de farine de blé et flambées. Le blé, nourriture essentielle et primordiale, est un cadeau de la Déesse. Il symbolise le don de la vie qui ne peut être qu'un don de la Divinité.

 

Méditations suggérées : Jean 12, 23-25

 

« La voici venue l'heure

où le Fils de l'Homme doit être glorifié.

En vérité, en vérité je vous le dis,

si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt,

il reste seul.

S'il meurt,

il porte beaucoup de fruits.

Qui aime sa vie la perd

et qui hait sa vie en ce monde

la conservera en vie éternelle. »

7e Béatitude, L'autre Parole2

« Bienheureuses celles qui travaillent à pétrir

le pain de l'autonomie;

de l'égalité,

de la solidarité.

Ensemble, elles nourriront la terre.

Malheureuses celles qui sont facilement rassasiées

des miettes qui tombent de la table sacrée.

Elles paralysent la croissance de l'Église. »

 

Le 8 mars : fête d'espérance

Après la Chandeleur, nous fêtons le 8 mars, la Journée internationale des femmes. Il s'agit d'une fête de création plus récente et d'origine laïque. Cette fête est devenue tradition dans L'autre Parole qui regroupe des femmes féministes et chrétiennes qui font mémoire, à cette occasion, des luttes et des oppressions de toutes les femmes. Cette fête survient lorsque l'hiver tire à sa fin et que l'espoir d'un printemps renaît.

 

Les rites de cette fête sont d'abord des rites de purification, puis de partage : partage de nos réflexions et partage d'un repas. Vêtues de longues tuniques de couleur pâle, nous chaussons des souliers neufs pour fêter le retour du printemps et mieux marcher dans les chemins qui s'ouvrent à nous.

 

Couleur de la fête: le rouge.

 

Le rouge est la couleur du feu, du principe de vie, la couleur du sang. Le rouge vif et tonique invite à l'action; le rouge sombre, nocturne représente les mystères de la vie. Cette couleur convient bien à la fête que nous célébrons : fête d'action et de détermination mais aussi fête des femmes et donc des mystères de la vie.

 

Rites : à partir de l'eau.

L'eau que nous versons sur nos mains est un rite de purification. Elle sert à l'engagement des initiés qui demandent à la Divinité, mère et matrice, d'effacer les

 

ancienne devient femme nouvelle. L'eau a un pouvoir sotériologique et régénérateur qui permet une renaissance.

 

Les rites de l'eau : la lessive, le bain, les ablutions avant une cérémonie ne devraient pas être dissociés dans notre vie. Nous sommes capables de voir une unité dans tous ces gestes où intervient l'eau purificatrice mais aussi fécondante.

 

D'ailleurs les poètes l'ont bien compris puisqu'ils ont chanté le pouvoir maternel, sensuel et féminin de l'eau.

 

Célébrons les vertus de l'eau.

La pluie du printemps a lavé la neige sale et l'herbe verte qui apparaît nous dit que la vie reprend.

 

Nous sommes l'eau pure, maternelle, désaltérante, maîtresse de vie et de progrès. Célébrons l'eau avec des gestes qui traduisent notre connivence :

 

Prions en bénissant avec de l'eau :

Eau, source de vie

Eau, source de purification

Eau, source de régénérescence

Eau, masse indifférenciée, vous contenez tout le possible féminin, tout le virtuel, tous les germes.

 

Que ces ablutions que nous faisons avec le Christ, source de toute vie, nous permettent de retourner à notre source, mais aussi de retrouver des forces nouvelles et qu'un jour elles nous fassent participer à la résurrection.

 

Le Christ est le maître de l'eau. N'a-t-il pas dit à la Samaritaine, après lui avoir demandé à boire :

 

« Si tu savais le don de la Divinité

et qui est celui qui te dit :

donne-moi à boire,

c'est toi qui l'aurais prié

et il fautait donné de l'eau de vie. »

(...)

Elle lui demande encore d'où il tient l'eau de vie

et le Christ lui répond :

« Quiconque boit de cette eau

aura soif à nouveau

mais qui boira de l'eau que je lui donnerai

n'aura plus jamais soif,

l'eau que je lui donnerai

deviendra en lui source

d'eau jaillissant en vie étemelle. » (Jn 4,10-11,13)

 

Pierre symbolique: la perle.

Dans cette fête du 8 mars, notre quête sera symbolisée par la perle liée à l'eau et à la femme. Elle représente le principe féminin, le Yin, et est le symbole essentiel de la

féminité créatrice.

 

La perle a des propriétés médicinales, aphrodisiaques, fécondantes. Chez les Grecs, elle est l'emblème de l'amour et du mariage. Les chrétiens et les gnostiques lui garderont sa symbolique et même l'enrichiront. La quête de la perle va symboliser le drame spirituel de la chute de l'humanité et de son salut. Elle est image de transfiguration et traduit notre recherche du féminin restauré dans sa pleine signification, c'est-à-dire : origine de la vie, pureté, sagesse, grâce et vertu.

 

Objet du jour : l'ancre.

L'ancre est un symbole de fermeté et de solidité. Elle symbolise le côté calme et lucide de notre personnalité dans les situations tumultueuses et agressantes de la vie. Songeons aux femmes battues, violées, méprisées, sans emploi, sous-payées, mais gardons l'espérance que tout cela peut changer par notre vigilance et notre action.

 

L'ancre symbolise aussi le conflit entamé par les femmes pour qu'on leur face justice. Elles ont le pouvoir d'arrêter le mouvement de la vie lorsque les circonstances ne leur permettent pas de réaliser toutes leurs fécondités.

 

L'animal symbolique : la grenouille.

La grenouille, dont le chant s'élève lorsque la terre reverdit, va symboliser ce grand moment de la journée des femmes. Les grenouilles sont les chantres de la Terre-Mère. Elles manifestent bruyamment que le renouveau s'accomplit et que la nature se réveille.

 

Le mets à l'honneur : l'eau d'érable.

L'eau et la sève de l'érable, tout ce qui a été fait avec cette première sève qui monte dans les arbres et symbolise notre vie, notre joie et devient source d'énergie.

 

Méditations suggérées :

Jean 2,1-12

Aux noces de Cana, sa mère lui ayant fait remarquer que leurs hôtes n'avaient plus de vin, le Christ changea en vin l'eau destinée aux rites des Juifs. Ne pouvons-nous pas trouver là une symbolique appropriée à la fête du 8 mars. Les eaux calmes sont transformées en vin, symbole à la fois de colère mais aussi promesse d'immortalité.

 

Hébreux 6, 19-20

Paul exhorte ses lecteurs à croire à la rédemption du Christ, à sa justice et à l'espérance qu'il nous a apportée :

« En elle, nous avons comme une ancre dans notre âme, sûre autant que solide et pénétrant par-delà le voile, là où est entré pour nous en précurseur, Jésus... »

 

Luc 7, 44

Le Christ dit à un pharisien : « Et se tournant vers la femme. Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds avec ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné de baiser, elle, au contraire, depuis que je suis entré, n'a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête, elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds. À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d'amour. »

 

1ère Béatitude, L'autre Parole

« Heureuses sont celles dont le coeur n'est pas endurci, car elles restent à l'écoute des femmes et de Dieu

Malheureux ceux et celles qui associent et perpétuent la pauvreté des femmes car ils trahissent Dieu :

- en ne reconnaissant pas officiellement la valeur sociale et économique du travail domestique;

- en refusant dans l'Église catholique le sacerdoce aux femmes parce que femmes;

- en gardant les femmes hors des lieux où se fabriquent les valeurs qui régissent leur vie. »

 

Pâques : Victoire de la vie sur la mort

Pâques était déjà une fête importante pour les Juifs qui commémoraient alors la sortie d'Egypte, sous la conduite de Moïse et de Myriam. Pour l'Église d'Orient, c'est la fête qui est préparée par toute l'année liturgique. Elle