ANNÉE LITURGIQUE FÉMINISTE

Publié dans la revue: 
No. 75 - CÉLÉBRATION FÉMINISTE

annonce la seconde venue du Christ. Pâques est aussi considéré comme la plus grande fête chrétienne : celle de la victoire de la vie sur la mort.

 

La fixation de la date de Pâque a été un long sujet de controverses. Au début du christianisme, elle coïncidait avec la Pâques juive et l'immolation de l'agneau pascal symbolisait le sacrifice de Jésus. Au VIe siècle, la date de Pâques fut fixée au dernier dimanche suivant la première pleine lune après l'équinoxe du printemps.

 

Pâques est donc une fête du printemps reliée aussi à la lune, astre qui connaît des phases comme celles de la vie humaine. Elle croît, décroît et disparaît, mais cette « mort » est suivie d'une renaissance qui est la nouvelle lune. C'est l'astre de l'éternel retour et l'astre des rythmes de la vie.

 

Les femmes ont beaucoup d'affinités avec la lune, non seulement sur le plan physique, mais aussi dans leurs rapports avec le sacré. La lune « n'a jamais été adorée pour elle-même, mais en ce qu'elle révélait de sacré »3. La femme a été révélatrice du sacré, objet du sacré, mais n'est pas encore sujet du sacré.

 

La lune est aussi liée au cycle de la végétation, à la pluie, à l'agriculture, à la régénération et à l'immortalité.

 

La résurrection du Christ qui s'inscrit dans le cycle lunaire est donc une fêle dont la symbolique est très pariante pour les femmes. En effet, Jésus Dieu est la Lune. Il reçoit ou ne reçoit pas la lumière du Soleil qui symboliquement représente l'énergie cosmique. Les deux nuits que Jésus passe dans l'autre monde ne permettent pas qu'on donne de lui une interprétation de type solaire, il a des connivences avec la lune qui disparaît et réapparaît4.

 

Les rites de cette fête vont donc rappeler la victoire de la vie sur la mort. Ce sont aussi des rites d'initiation. Il n'y a pas d'initiation sans période de réflexion. H faut des gestes qui nous feraient passer à l'état de «femme nouvelle ».

 

Voici des rites qui pourraient signifier le passage des ténèbres à la lumière, de la tristesse à la joie.

 

Des femmes dans l'obscurité, une mélopée triste s'élève, puis doucement, une, puis deux, trois, dix lumières s'allument et le murmure triste devient un chant de joie. Le voile noir qui couvrait leur visage est remplacé par une couronne de lumière.

 

Toutes portent un vêtement clair, bleu de préférence. Le partage d'un repas où l'on refera le partage du pain et du vin va couronner une période de réflexion et d'échange sur un thème qui préoccupe les femmes décidées à retrouver la lumière.

 

La couleur du jour est le bleu, couleur du ciel infini.

C'est la plus immatérielle des couleurs. Elle nous montre le chemin de l'infini comme l'oiseau bleu conduit au bonheur. Le bleu nous fait penser à l'éternité. Il est à la fois la couleur du ciel et de la nuit.

 

La pierre symbolique : le diamant bleu.

C'est la pierre précieuse la plus résistante, la plus lumineuse. À Pâques, le courage triomphe de l'adversité. Le diamant symbolise la fermeté de l'âme, mais aussi la souveraineté universelle, l'incorruptibilité.

 

L'objet du jour : le lit.

Le lit symbolise la régénérescence dans le sommeil et dans l'amour. Le Christ est mort par amour pour nous mais il est aussi ressuscité. Le lit de la naissance, le lit conjugal, le lit funéraire. Nous trouvons le lit présidant aux grandes étapes de la vie.

 

Mais la symbolique du lit peut encore aller plus loin. Ainsi, lorsque le Christ a dit au paralytique de porter son lit, il lui signifiait en fait d'utiliser sa vie, son corps pour vivre selon le Christ. Il avait reçu la grâce et pouvait désormais agir, restauré par elle.

 

L'animal symbolique : l'hirondelle.

Les hirondelles sont les messagères du printemps. Le jour de leur retour coïncide avec l'équinoxe du printemps. En Chine, ce jour était l'occasion de rites de fécondité. On a cru aussi que le rythme saisonnier des migrations des hirondelles s'accompagnait d'une métamorphose. En hiver, l'hirondelle se réfugie dans l'eau où elle devient coquillage. Puis la belle saison revenue, elle redevient hirondelle en accompagnant le soleil qui monte à l'horizon. L'hirondelle symbolise l'éternel retour et annonce la résurrection.

 

N'est-ce pas une symbolique très parlante pour les femmes et qui convient bien à la fête célébrée ?

 

Le mets à l'honneur : l'oeuf.

La naissance du monde à partir d'un oeuf est une idée que l'on retrouve dans presque toutes les civilisations du monde avec des variantes dans les processus de manifestation.

 

L'oeuf contiendrait en puissance la multiplicité des êtres. Les Égyptiens, par exemple, croyaient que l'eau primordiale était sortie d'un oeuf (mot féminin en égyptien) dont avait jailli un dieu qui par la suite avait organisé le monde. L'œuf apparaît aussi comme un symbole de renaissance, de rénovation périodique de la nature. Il est l'emblème de l'immortalité et symbolise la résurrection. L'oeuf enfin évoque le nid, le cocon dont nous avons à sortir pour prendre notre envol. Les femmes se doivent de remettre en question tout ce qui les enferme dans une coquille, pour courir le risque d'êtres libres. Ceci n'interdit pas de couver les œufs d'où sortiront la liberté et la justice, les forces du renouveau.

 

Méditations suggérées :

Marc 16,1-7

« En ce temps-là, sitôt terminé le repos du sabbat, au coucher du soleil, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé achetèrent des parfums pour embaumer le corps de Jésus. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, (le dimanche), elles se rendirent au tombeau dès le lever du soleil. Elles se demandaient : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ? » Mais au premier regard, elles virent que la pierre, qui était énorme, avait été roulée sur le côté. Pénétrant dans le tombeau, elles virent un jeune homme vêtu d'une robe blanche, assis du côté droit; la frayeur les saisit. Mais il leur dit : « Ne vous effrayez point. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié, il est ressuscité, il n'est plus ici. Voici l'endroit où il fut déposé. Allez donc annoncer à ses disciples, et spécialement à Pierre, qu'il vous précédera en Galilée. C'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit ».

 

I Cor. 5,7-8

« Qu'il n'y ait plus de trace en vous du vieux ferment! Soyez une pâte toute nouvelle, pour être aussi (comme au repas de Pâques) du pain sans levain. Car notre Agneau pascal a été immolé et c'est le Christ.

 

Festoyons donc, non pas avec le vieux ferment — celui de la malice et de la perversité — mais avec des pains sans levain de la droiture et de la vérité.

 

8e Béatitude, L'autre Parole

Heureuses celles qui crient

qui rauquent et qui rockent

pour déchirer le silence de la mort.

Malheureux ceux et celles qui ont le pouvoir

d'endormir les cris.

Malheureuses celles qui chignent et qui grognent

sans toucher le coeur des oppressions. »

Solstice d'été : fête de fertilité

 

Au mois de juin, lorsqu'il commence à faire chaud , les Québécois fêtent avec des danses, des chants, des repas, des cortèges la Saint-Jean-Baptiste. Il s'agit de la commémoration de la naissance de ce saint et non pas de sa décapitation dont la symbolique serait fort différente.

 

Jean-Baptiste est né au solstice d'été tandis que le Christ naîtra au solstice d'hiver. Rappelons le texte de Jean 3, 30 : « II faut que lui grandisse et que moi, je décroisse ». Jean-Baptiste est le précurseur, il est né d'une femme que l'on croyait stérile, Elisabeth, et qui était déjà avancée en âge. Zacharie, sceptique devant l'annonce de l'Ange Gabriel, fut réduit au silence jusqu'à la naissance de Jean- Baptiste. Il recouvrit l'usage de la parole lorsqu'on lui demanda le nom de son enfant.

 

Jean, écrivit-il, et non pas Zacharie comme l'aurait voulu la coutume :

 

« Et toi, petit enfant,

tu seras prophète du Très-Haut;

Car tu marcheras devant le Seigneur,

pour lui préparer les voies,

pour donner à son peuple la connaissance du salut

par la rémission de ses péchés;

grâce aux sentiments de miséricorde de la Divinité,

dans lesquels nous a visités l'Astre d'en-haut,

pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et

l'ombre de la mort,

afin de guider nos pas

dans le chemin de la paix ». (Luc 1, 73-79)

 

Zacharie n'a pas cru que sa femme stérile pouvait enfanter mais Elisabeth a accepté cette fécondité inespérée. Rien n'est impossible aux femmes.

 

Dans les civilisations agraires, lorsque le sol était nettoyé et préparé, le bêchage et les semailles étaient réservés aux femmes qui, habituées à concevoir les enfants, étaient qualifiées pour rendre la terre féconde.

 

Or Elisabeth va accepter sa grossesse sans discussion : « Voilà ce qu'il a fait

pour moi le Seigneur, au temps où ï lui a plu d'enlever mon opprobre parmi les

hommes ». (Luc 1, 23)

 

Elisabeth est donc devenue féconde et son fils naîtra au solstice d'été lorsque « l'astre », le soleil, est le plus haut dans le ciel. Le 24 juin est donc une autre fête de fécondité. Même celles qui se croyaient stériles peuvent porter des fruits à condition de faire confiance à la vie et de garder l'espérance.

 

Les rites de ce 24 juin pourraient être des réjouissances ( chants, danses, gestuelles qui miment l'ensemencement...) qui célébreraient le début des temps chauds qui vont permettre à la terre de porter des fruits. Il pourrait y avoir aussi un partage des premières pousses

.

Nous pourrions méditer sur l'espérance et la foi que doivent avoir toutes celles qui confient une graine à la terre. Cette même foi et cette même espérance sont nécessaires aussi pour entreprendre tout projet, quelle que soit sa nature.

 

La couleur du jour: le vert.

Le vert est la couleur du règne végétal qui revit et la couleur de l'eau. H signifie l'espérance, la montée de la vie, la longévité et même l'immortalité. La vie naît dans le rouge mais s'épanouit dans le vert.

 

La pierre symbolique : le rubis.

Le rubis, de couleur grenat luminescent, symbolise l'objet de la quête des femmes lors de cette fête. Il est censé briller dans les ténèbres et donc traduit l'espérance que nous mettons dans la graine confiée à la terre nourricière. Le rubis était considéré dans l'Antiquité comme l'emblème du bonheur. Or, le bonheur ne vient-il pas de toutes les fécondités qu'elles soient physiques, psychiques, matérielles ou spirituelles ?

 

L'objet du jour : un pot à fleurs.

Le pot est un symbole aquatique. En Inde, la déesse elle-même était représentée sous cette forme. L'eau qu'il peut contenir le lie à la fécondité. Nous pouvons l'utiliser soit comme récipient pour l'eau, soit pour y mettre de la terre dans laquelle germeront des semences et grandiront les fleurs ou les herbes.

 

L'animal symbolique : le saumon.

Le saumon est, comme le sanglier, l'animal de la science sacrée. Chez les Celtes, le saumon est un des symboles, de la sagesse et de la nourriture spirituelle. La forme du saumon serait la dernière forme adoptée dans le phénomène de la métampsychose.

 

Le mets à l'honneur : dégustation d'herbes.

Les herbes symbolisent tout ce qui soigne et redonne la vie. Elles sont excellentes pour la santé, la virilité et la fécondité. Les divinités fondatrices ont été saluées dans les herbes qui facilitent l'accouchement, l'accroissement, le pouvoir génétique; elles assurent la fertilité et la richesse. Donc, coupons des herbes, mangeons des herbes. Nous accroîtrons notre pouvoir créateur. Les rites de ce jour tiendrons compte du partage des herbes. Une gestuelle pourrait évoquer les effets des herbes sur nos corps comme des paroles sur notre pouvoir créateur.

 

Méditations suggérées :

Genèse 1,11 :

« La Divinité dit : « Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence » et il en fut ainsi. La terre produisit de la verdure, des herbes portant semence selon leur espèce, des arbres donnant selon leur espèce des fruits contenant leur semence, et la Divinité vit que cela était bon ».

 

Marc 4, 26-28 :

« Et il disait : II en est du royaume de la Divinité comme d'une femme qui aurait jeté du grain en terre: qu'elle dorme ou qu'elle se lève nuit et jour, la