ANNÉE LITURGIQUE FÉMINISTE

4 partie
Publié dans la revue: 
No. 75 - CÉLÉBRATION FÉMINISTE

Méditations suggérées :

Luc 10, 38-42

« Comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Celle-ci avait une soeur appelée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins de service. Intervenant, elle dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma soeur me laisse servir toute seule. » Mais le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te soucies et tu t'agites pour beaucoup de choses; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ».

 

6e Béatitude, L'autre Parole

Heureuses celles qui, prenant conscience de leurs oppressions

se libèrent dans une parole de pardon.

Malheureuses celles pour qui

le pardon est démission.

 

Noël, fête de fécondité

Noël est une fête romaine d'origine orientale. Elle se rattache au mythe et au rituel de Dionysos ainsi qu'aux légendes sur la naissance de Mithra. On peut y voir aussi un souvenir de la naissance de Romulus et Rémus, nés d'une prêtresse vierge, la vestale Rhéa Sylvia.

 

À Rome, on fêtait les Saturnales, une fête de fécondité ainsi que les Opalia, cérémonies à la déesse Ops, une déesse-mère protectrice et vierge. Ce n'est qu'au IVe siècle que Rome fixa officiellement la date de Noël au 25 décembre pour donner un visage chrétien à la fête du jeune soleil, le solstice d'hiver. C'est aussi la fête de la lune naissante et montante.

 

Nous célébrerons donc des fêtes qui mettront à l'honneur les thèmes de fécondité, de joie, de lumière naissante, mais promise à un très grand avenir. Nous décorerons un arbre, symbole de la vie. L'association entre l'Arbre de vie et la manifestation divine est fréquente tant dans le culte de la Déesse-Mère que dans la tradition chrétienne. L'arbre est aussi un symbole de fertilité. Il symbolise la croissance d'une famille, d'un peuple, d'une communauté. La décoration sera accompagnée de chants exprimant la force de la vie.

 

La couleur du jour : le blanc.

Le blanc est la couleur du candidat, celui qui va changer de condition. Grâce à la naissance du Christ nous sommes des candidates du christianisme. C'est aussi la couleur de la révélation, de la transfiguration. C'est aussi souvent la couleur de la classe sacerdotale. Nous nous devons donc de la porter.

 

La matière précieuse du jour : l'argent.

L'argent appartient à la chaîne symbolique: lune-eau-principe féminin. Il est aussi symbole de pureté et dans la symbolique chrétienne, il représente la sagesse divine objet de notre quête.

 

L'objet du jour : un berceau garni de voiles blancs.

Il est taillé dans le bois de vie et symbolise le sein maternel. Il correspond à notre besoin de protection, mais aussi à notre désir de libération, puisqu'il a la forme d'une barque, moyen d'évasion. Le berceau évoque le refuge et donc nous sécurisera pour la traversée de cette vie.

 

L'animal symbolique : la vache.

La vache est l'image de la terre nourricière mais aussi de la fertilité et du renouveau que nous célébrons en cette fête de Noël.

 

Le mets à l'honneur : le lait et le fromage blanc.

Le lait est un breuvage de vie, premier breuvage et première nourriture. Il est symbole d'abondance, de fertilité mais aussi de connaissance. En effet, l'allaitement par la Mère divine permet la connaissance suprême. On dit de saint Bernard qu'il fut allaité par la Vierge et était devenu de la sorte frère adoptif du Christ. Comme d'autres symboles de la Vie et de la Connaissance, pris en tant que valeurs absolues, le lait est symbole lunaire et donc féminin. Rites : partage du lait, festivités autour de l'arbre.

 

Méditations suggérées :

Matthieu 1, 18-21

« Alors que Marie, mère de Jésus, n'était que fiancée à Joseph et qu'ils n'avaient pas encore habité ensemble, il se trouva qu'elle était devenue mère par l'action du Saint-Esprit. Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulut pas la déconsidérer et résolut de rompre discrètement avec elle, y était dans cette intention, lorsque l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car la vie qu'elle porte en elle est le fruit de l'Esprit Saint. Elle enfantera un fils et tu l'appelleras Jésus; car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ».

 

Lettre de Paul à son disciple Tite, 3

« Ami très cher,

Voici manifestée la bonté de la Divinité qui sauve toutes les femmes et tous les hommes. Elle nous apprend à rejeter l'impiété et les ambitions terrestres pour vivre ici-bas dans la sobriété, la justice et l'amour de la Divinité. Elle nous fait attendre ce bonheur que nous espérons : voir se manifester dans la gloire la divinité du Christ venu pour nous sauver. Il est venu nous libérer de tout péché et faire de nous un peuple qui soit son peuple, un peuple qui se consacre à faire le bien. C'est dans ce sens que tu dois parler et exhorter, c'est-à-dire dans la vie du Christ. »

 

2e Béatitude, L'autre Parole

« Heureuses les douces agressives habitées d'un vouloir-vivre.

Vous désarmez vos oppresseurs dans l'espérance de la réconciliation.

Malheureux vous qui semez la mort;

Haine et violence vous récolterez. »

 

3e Béatitude, L'autre Parole

« Heureuses les femmes audacieusement éprises

de l'Évangile de Jésus-Christ

qui ont le courage d'y être fidèles plus

qu'en verbe ou en pensée, mais en actes véritablement.

Malheureuses celles qui dissocient les pensées,

le coeur et les actes

car elles ternissent la lumière de l'Évangile. »

 

Conclusion

II s'agit donc, pour nous, de nous souvenir du caractère sacré que la vie féminine a pu jouer dans les sociétés agraires et dans les rites de la végétation. Ce sont les religions de type patriarcal et monothéiste qui ont étouffé ces cultes. Elles ont de ce fait appauvri le sacré d'une partie importante de son sens.

 

Ce que je propose, c'est de renouveler les célébrations chrétiennes en y introduisant, selon des cultures et des génies propres, des rites et des symboles plus signifiants pour les femmes. Ce sont des suggestions destinées à éveiller un questionnement qui aboutirait à une nouvelle praxis. Je suis partie de notre vécu, de traditions millénaires, mais aussi des problèmes actuels.

 

Notre période connaît une accélération de l'histoire très rapide. Il est important de ne pas oublier le passé, mais aussi de s'adapter à de nouveaux besoins. Notre époque a valorisé le corps humain, par contre, notre société a engendré des problèmes de chômage, de dépression, de suicide. Nous avons donc besoin de moyens qui nous permettent d'exprimer notre angoisse face à la vie, mais aussi de trouver des lieux de convivialité pour nous aider à traverser les moments difficiles.

 

Nous sommes à la recherche de nouveaux rites plus proches de notre créativité de femme. Nous voudrions réconcilier le corps et l'esprit : réconciliation qui trouvera son sens final dans la résurrection avec le Christ.

 

L'Occident chrétien a vécu de valeurs centrées avant tout sur le rationnel. Nous sommes arrivées à un point de l'histoire où l'on sent naître le besoin de réconcilier la raison avec l'intuition, sans que l'une ou l'autre de ces approches aient la prédominance. I faut que l'Église du Christ retrouve le sens total de la vie en éliminant toute forme de manichéisme qui mettrait l'esprit du côté du bien et le corps du côté du mal. Et c'est dans cette perspective que nous cherchons dans la symbolique humaine un sens pour nos pratiques sacerdotales naissantes.

 

En effet, les femmes savent ce qui est merveilleux et inquiétant chez elles, c'est qu'elles peuvent donner la vie même à la Divinité.

 

Rien ne devrait arrêter les femmes dans leur quête actuelle puisqu'elles savent que le Christ n'a pas voulu les écarter de son sacerdoce, car elles se reconnaissent dans le message de vie et d'amour qu'il a apporté.

 

Autres références :

 

J. Chevalier, A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Paris, Laffont, 1982.

La revue L'autre Parole, les numéros 3, 13, 15, 19, 22, 23, 26, 27, 29, 32, 34, 35, 37, 40, 44, 45, 46, 48, 51, 55, 60, 61, 64, 68, 71, 72.

Diann Neu, « Nous nous appelons l'Église : l'expérience de liturgies féministes catholiques chrétiennes », Concilium 172, 1982, pp. 115-128.

Susan Starr Sered, Priestess, Mother, Sacred Sister : religions dominated by women, New York, Oxford University Press, 1994, 330 p., pp. 26-27.

Janet Walton, « Bénédiction ecclésiastique et féministe », Concilium 198, 1985,

pp. 95-103.

 

1 Source : Souffles de femmes, Lectures féministes de la religion, sous la direction de Monique Dumais et Marie-Andrée Roy, Éditions Paulines, 1989, article de Flore Dupriez, pp. 169-195.

2 L'autre Parole, « Nos Béatitudes », no 22, décembre 1983. souillures, les imperfections pour que nous retrouvions la Beauté. La femme

3 Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, Payot, 1975, p. 147.

4 Jean Markale, Le christianisme celtique, Paris, Imago, p. 209.

5 Jean Markale, Le christianisme celtique, Paris, Imago, p. 209.

6 Elisabeth Badinter, L'un est l'autre, Paris, Éditions Odile Jacob, 1986, p. 55.