Des textes inspirateurs pour des changements souhaitables

Au cours de 1993-1996, Marie Gratton, Agathe Lafortune, Marie-Andrée Roy et moi-même avons mené, en partenariat avec l’Association des religieuses pour la promotion des femmes et le Réseau œcuménique des femmes du Québec, une recherche visant à vérifier dans quelle mesure la comparaison de modèles dominants et de modèles alternatifs des rapports homme-femme en Église pouvait contribuer à remettre en question des représentations conventionnelles et à favoriser la reconnaissance d’identifications nouvelles.

 

            Une cinquantaine de femmes appartenant à cinq diocèses différents ont été invitées à participer à des entrevues de groupe au cours desquelles elles avaient à se situer par rapport à diverses représentations provenant de trois corpus. Ces corpus étaient constitués de textes officiels d’évêques québécois qui, de 1976 à 1992, ont traité de la question des rapports homme-femme en Église, de verbatims d’entrevues effectuées en 1991 auprès de femmes salariées en Église qui, en parlant de leur situation d’emploi, ont décrit diverses formes de rapports qu’elles vivaient avec des hommes clercs dont elles partageaient la tâche; enfin des textes publiés par la collective L’autre Parole ou formulés en vue de la préparation et du suivi d’un grand rassemblement de femmes féministes et chrétiennes, tenu à Montréal en juin 1992.

 

            Tout en manifestant une certaine réserve à l’égard d’un discours à orientation féministe, les femmes interrogées se sont montrées fort intéressées par les valeurs d’égalité, de liberté et de solidarité proposées par les représentations issues d’articles de la revue L’autre Parole et de documents publiés par le Réseau œcuménique des femmes du Québec. À partir de l’expérience qu’elles vivaient elles-mêmes, elles ont en effet constaté que « les rapports de collaboration entre les hommes et les femmes dans l’Église demeurent très souvent théoriques » et que « la coresponsabilité affirmée dans le discours officiel s’incarne plutôt mal dans les faits ».

 

            Aussi ont-elles exprimé un accord quasi unanime à l’égard de représentations qui, dans des articles de L’autre Parole, dénoncent « l’appropriation du pouvoir et la gestion du sacré par les hommes », de même que « les rapports souvent teintés de sexisme et parfois de violence » que plusieurs femmes engagées en Église ont elles-mêmes vécus.

 

            Elles partagent également l’espoir exprimé par plusieurs rédactrices de L’autre Parole d’en arriver par leurs efforts et leur ténacité à faire reconnaître la contribution nécessaire des femmes à la vie ecclésiale. On comprend, dès lors, leur accord enthousiaste à la perspective issue de textes de L’autre Parole proposant que « les femmes deviennent des partenaires à part entière dans l’Église et la société ».

 

            Cette éventualité, comme l’ont souligné plusieurs répondantes, ne peut cependant être possible que dans la mesure où les femmes en arrivent à consolider leurs propres réseaux. L’exemple de la collective féministe L’autre Parole leur est apparu significatif en ce sens. Pour avoir la possibilité de prendre la parole dans l’Église et devenir des sujets engagés dans l’histoire et la tradition, les femmes doivent en effet « faire bloc autour de leur identité sociale de sexe ».

 

            Il est d’ailleurs intéressant d’observer, qu’à la suite des échanges établis lors des consultations, plusieurs femmes ont elles-mêmes pris l’initiative de se regrouper pour échanger sur leurs expériences de participation à la vie ecclésiale et se rallier autour d’actions politiques pouvant favoriser la reconnaissance effective de cette contribution.

 

            Les représentations dégagées d’articles de la revue L’autre Parole semblent avoir été un déclencheur dans cette mobilisation qui, nous osons le croire, se maintient, s’élargit et se concrétise