MARIE CHEZ LES PÈRES DE L’ÉGLISE

Publié dans la revue: 
No. 125 - Une autre parole sur Marie

Dès les débuts de l’Église, les auteurs chrétiens affirment que le Christ est vraiment né de la Vierge Marie. Les Pères commencent à élaborer — et plus encore dans l’Église grecque — une littérature mariale, afin que la maternité divine devienne objet de croyance.

 

À cette époque, les discussions théologiques portaient avant tout sur les fondements de la foi, comme la Trinité, la Grâce, la nature humaine et la nature divine du Christ.

C’est en Syrie, terre de la Déesse-Mère, que naît la source lyrique du culte de Marie. La maternité de Marie y apparaît comme le correspondant de la paternité du Père. Le premier chantre de Marie sera saint Éphrem (+373), moine originaire de Mésopotamie devenu ermite. Il s’adresse à Marie en soulignant la pureté de son âme comme celle de son corps, ce qui lui permet d’être la demeure de la grâce et de l’Esprit-Saint. Les Pères de l’Église ont insisté sur la chasteté de Marie, condition essentielle au rachat de l’humanité, déchue depuis la souillure primordiale. C’est par Marie que les chrétiens pourront rejoindre son Fils et obtenir leur salut.

À la même période, dans l’Église latine, saint Ambroise a pour louer Marie des accents mystiques peu habituels chez les Occidentaux. Il donne la Vierge en exemple en tant que modèle de la virginité. À ses yeux, elle possède toutes les vertus féminines, soit la pureté, l’humilité, l’obéissance, la prudence, la compassion et le courage. Les cinq traités qu’Ambroise consacre à la virginité font de lui le fondateur de la littérature mariale. Dès ce moment, le culte de Marie Mère de Dieu se répand dans l’Église, et d’autant plus aisément que les écrits de l’évêque de Milan sont empreints d’une tendre piété.

Cette période de l’histoire de l’Église est marquée par l’affirmation des dogmes. Il devint donc nécessaire de proclamer la maternité divine comme un dogme. Cela eut lieu à la suite de deux conciles. Le premier se tint en 431 à Éphèse, patrie d’Artémis. C’est curieusement sur les ruines de son temple qu’est construite une église dédiée à Marie. Ensuite, en 451, le concile de Chalcédoine proclama Marie Théotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu. Ce terme est d’origine populaire et permettait à la sensibilité des chrétiens de s’exprimer dans la foi. Chez les Pères de l’Église grecque, Grégoire de Nysse, au IVe siècle, loue la fécondité spirituelle de la virginité. Marie a enfanté Jésus sans perdre cette qualité et elle a donc rendu possible le salut de l’humanité. Sa pureté est également une victoire sur la mort : selon Grégoire de Nysse, elle est montée au ciel comme son Fils. Cette assomption lui semblait naturelle du fait que la Vierge n’avait pas connu la corruption de la faute d’Ève et ne devait donc pas connaître celle du tombeau. Marie participait ainsi à la résurrection de son Fils. Quant à l’ouvrage de Jean Chrysostome sur la virginité, il est lié au grand mouvement monachiste du IVe siècle. La virginité apparaît dans son œuvre comme le signe même de la nouvelle alliance. Avant la venue du Christ, vivre selon la loi était irréprochable, mais désormais les chrétiens et les chrétiennes sont appelés à vivre selon l’Esprit à l’exemple de Marie.

Nous avons pu constater l’insistance mise par les Pères de l’Église sur la virginité de Marie. Contrairement à la Déesse-Mère, dont la virginité cautionnait le renouvellement des saisons, Marie n’est pas une divinité. Elle est la Théotokos, la Mère de Dieu. Son rôle de médiatrice se développera davantage au Moyen Âge.

Le discours des Pères de l’Église sur la virginité n’a pu qu’accentuer le contrôle exercé sur la sexualité des femmes. L’Église ne leur permit de transcender leur nature, qui les destinait au mariage et à la fécondité, que si elles consacraient leur virginité à Dieu. Le christianisme, toujours marqué par le mode de vie patriarcal des pays méditerranéens, n’a donc pas été à l’origine d’un vrai changement dans le statut des femmes.

 

* Flore Dupriez est historienne et auteure de La condition féminine et les Pères de l’Église latine, Éditions Paulines, 1982.