JÉSUS ET LES FEMMES

Publié dans la revue: 
No. 117 - Eucharistie et pouvoir

 

À chaque fois que je me plonge dans les évangiles, je suis toujours fascinée par l’attitude de Jésus face  aux personnes qu’il rencontrait. Et d’une fois à l’autre, je remarque certains éléments que je n’avais pas vus la fois précédente. C’est comme une source inépuisable !

 

Aujourd’hui, je voudrais m’attarder plus particulièrement sur les rapports que Jésus avait vis-à-vis des femmes qu’il rencontrait sur sa route. Il faut se rappeler qu’à l’époque, les femmes n’avaient guère de place dans la société. Elles étaient considérées comme des subalternes, des servantes, des esclaves, des biens de propriété. Elles étaient pratiquement absentes de la vie publique (elles se voilaient pour passer inaperçues). L’instruction était réservée aux garçons. Elles étaient décrétées impures à de multiples occasions et pour diverses raisons. Elles n’avaient pas d’existence juridique (ex. : le droit de divorcer ne valait que pour l’homme). Elles ne pouvaient parler dans les synagogues où elles prenaient place derrière des barrières. Les préjugés à leur égard étaient très forts (elles étaient considérées comme des séductrices potentielles, faibles devant la tentation). Bref, elles ne pouvaient descendre plus bas; elles n’avaient rien à perdre. Est-ce pour cela qu’elles se sentaient «libres», libres comme ce Jésus dont elles avaient entendu parler? Est-ce pour cela qu’elles étaient attirées par Lui, qu’elles se sentaient en complicité avec Lui?

Ce qui est fascinant c’est que Jésus remarque et parle à de nombreuses femmes dans sa vie publique, lui qui est pourtant un pur homme-juif vivant dans un contexte très patriarcal. Ainsi, il passe outre aux préceptes du temps : en effet, un homme ne pouvait parler à une femme sur la place publique (et vice-versa).

Par exemple, dans la guérison d’une femme infirme un jour de sabbat (Luc 13,10-17), Jésus la voit et lui adresse la parole. Quelle liberté de sa part ! De surcroît, il guérit cette femme, alors que c’était un jour de sabbat, et guérir était considéré comme un travail! Jésus change la Loi, change les règles du jeu.

Il l’appelle «fille d’Abraham». Cette femme retrouve une dignité égale à celle des «fils d’Abraham». Jésus lui redonne sa pleine stature. Elle peut maintenant se tenir droite (signe de la résurrection) elle qui était toute courbée auparavant.

Non seulement Jésus a-t-il cette qualité incroyable pour l’époque de voir les femmes, mais il sait aussi les entendre, écouter ce qu’elles ont à dire. On le constate dans l’épisode de la Cananéenne (Matthieu 15,21-28).  À l’époque, les Juifs traitaient de chiens les Cananéens. C’est sans doute pour cela que lorsque la femme crie en implorant Jésus de guérir sa fille possédée d’un démon, Il ne répond pas. Il fait le sourd. Puis il dit à ses disciples qu’il est venu pour les Juifs. Mais la femme insiste, avec le courage du désespoir. Et Jésus est ébranlé par la foi de cette femme «ô femme, ta foi est grande ! qu’il t’arrive comme tu le veux» et sa fille fut guérie à l’instant. Grâce à la confiance de cette femme, il se rend compte que sa Mission le mène aussi vers les païens. Cette journée-là, la transformation qui s’opère en Lui est dûe à une femme.

La femme adultère (Jn 8,1-11)

Jésus est assis. Il enseigne. On lui amène une femme surprise en adultère. On le met au défi : «dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes. Toi, qu’en dis-tu ?».

La mort de cette femme est réclamée par la justice légale. Or, la Loi de Moïse a été écrite sur des tables de pierre (c’est dur, ça ne change pas). Jésus, lui, se met à tracer du doigt des traits sur le sol, sur quelque chose qui peut s’effacer. La scène se situe au niveau humain, donc fragile, compliqué.

Les enjeux sont grands pour cette femme : c’est une question de vie ou de mort.

Jésus se redresse : «Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.».

On connaît la suite. Jésus se retrouve seul avec la femme. Alors qu’on l’a traitée comme une chose, comme un objet, Jésus, en s’adressant à elle, lui permet de redevenir une personne, une fille d’Abraham. Il ne la condamne pas et l’enjoint de ne plus se remettre dans cette situation-là.

Dans ces quelques séquences de la pratique de Jésus, on est frappé de la complicité qui existait entre Jésus et les femmes. On peut aussi remarquer que durant la Passion, les apôtres ont eu peur et ont déserté. Pas les femmes. Ce n’est sans doute pas un hasard si les femmes sont les premières à avoir fait l’expérience de Jésus ressuscité.

Pour les femmes : l’âge d’or du christianisme a duré 30 ans ! Ensuite, elles seront remises à leur place !

Mais le Ressuscité continue de nous précéder !

«C’est à nous de prendre sa place aujourd’hui, pour que rien de Lui ne s’efface!» (chant connu).