Faisons le point : Qui sommes-nous ?

Date : 
20 Août, 2004 - 17:00
Type d'événement: 
Colloque

CÉLÉBRATION

Thème : Faisons le point : Qui sommes-nous ?

 

Référence biblique : Qui dites-vous que je suis ? Mt 16,13 ; Mc 8,27 ; Lc 9,18

 

Préparation de la salle

Sur les murs, sont disposées ici et là des expressions comme  JE SUIS, LE CHEMIN, LA VÉRITÉ, LA VIE, LA LUMIÈRE DU MONDE, LE SEL DE LA TERRE, LE PAIN DE VIE, LA VIGNE et LES SARMENTS.

Sur la table , au centre de la salle, figurent la miche de  pain et la coupe de vin, un cierge allumé, de l’encens, le Livre de la Bonne Nouvelle, des sachets mystères.

Les sièges sont disposés en cercle

Rite d’entrée ;

Une musique d’intériorisation invite les participantes à prendre place dans l’assemblée.

Yvette ouvre la célébration en ces termes :

« Depuis vendredi soir, nous nous sommes questionnées sur notre passé, notre présent et notre destinée, tantôt avec humour, tantôt dans le plus grand sérieux mais toujours avec une grande complicité. Le point sur notre identité et notre vitalité étant fait, le moment est venu de célébrer ensemble notre histoire commune.”

Moment de silence

« Célébrer, c’est entrer dans le sacré…c’est passer sur l’autre rive »…Pour moi le sacré, l’invisible, le mystère, l’essentiel sont des vocables de la même famille. Pour nous disposer à faire ce passage, je nous propose d’entrer dans le mystère par la voie du silence. L’écoute du silence extérieur peut produire en même temps le silence intérieur. Si l’essentiel est invisible pour les yeux, peut-être pouvons-nous le sentir  ou le pressentir de l’intérieur.

Assoyons-nous confortablement, détendons-nous, fermons les yeux , écoutons le silence..

Ouvrons nos yeux. Qu’avons-nous ressenti ?  Pour le partage un mot suffit.

 (paix, immensité, vide, immobilité, ….)

Si la pratique du silence est essentielle dans la démarche spirituelle, c’est que le silence est ce qui nous rapproche le plus de Dieu.

Rite de l’encens

« Dans toutes les religions du monde, l’encens est à l’honneur. C’est un langage sacré.  Son odeur pénétrante, l’élévation de ses volutes qui vont se fondre dans l’atmosphère – cet espace invisible pour nos yeux mais rempli de l’Invisible -  nous invite à la prière.”

On allume l’encens

« Comme l’encens, que notre prière s’élève vers le divin invisible qui anime tout de sa présence ».

Chant gestuel :

Que ma prière, devant toi, s’élève comme l’encens

Et mes mains comme l’offrande du soir.

 

Sous la forme d’une réflexion prière, chacune est invitée à exprimer ce qui l’a marquée au cours du colloque.

Après l’échange, reprise de la gestuelle : Que ma prière…

 

Célébration de la Parole

Présentation du Livre de la Bonne Nouvelle

Denise Couture présente le Livre de la Bonne nouvelle, une œuvre produite par une artiste de chez nous et renfermant quelques-unes des ré-écritures de L’autre Parole.

Le livre passe de main en main pour permettre la relecture des Béatitudes dont la ré-écriture remonte à 1983. En voici le texte :

 

Heureuses celles dont le cœur n’est pas endurci

Car elles restent à l’écoute des femmes et de Dieu

 

Heureuses les douces agressives habitées d’un vouloir-vivre

Vous désarmez vos oppresseurs dans l’espérance de la réconciliation

 

Heureuses les femmes audacieusement éprises

De l’Évangile de Jésus Christ

Qui ont le courage d’y être fidèles

Plus qu’en verbe ou en pensée,

Mais en actes véritablement.

 

Heureuses les victimes  du pouvoir patriarcal

Qui trouvent dans la violence qu’elles ressentent

La force de bâtir la paix.

 

Heureuses vous les femmes bafouées à cause

De vos prises de parole

Par votre ténacité, la libération se construit

 

Heureuses celles qui, prenant conscience de leurs oppressions

Se libèrent dans une parole de pardon

 

Heureuses celles qui travaillent à pétrir

Le pain de l’autonomie, de l’égalité, de la solidarité

Ensemble, elles nourriront la terre.

 

Heureuses celles qui crient,

Qui rauquent et qui rockent

Pour déchirer le silence de la mort.

 

 

Présentation des réécritures

( Durant l’après midi, les participantes, réparties en ateliers,  avaient fait la ré-écriture du texte évangélique portant sur l’identité de Jésus. Chaque atelier présente ici le résultat de son travail.)

 

Entre chaque présentation, une musique douce favorise l’intériorisation de la parole entendue.

Mais d’abord lecture Mt 16, 13-16

 

Jésus se rendit dans la région proche de Césarée de Philippe. Il demanda à ses disciples :  « Que disent les gens au sujet du Fils de l’homme ? » Ils répondirent : Certains disent que tu es Jean-Baptiste, d’autres que tu es Élie, et d’autres encore que tu es Jérémie ou un autre prophète. Et vous, leur demanda Jésus :  « Qui dites-vous que je suis ? » Simon-Pierre répondit : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». 

 

Atelier 1 .Les femmes de L’autre Parole se rendirent dans la région du Richelieu et se demandèrent : « Qui disons-nous que nous sommes, filles de Christa ? » Elles répondirent : « Certains disent que nous sommes des égarées en perdition ; d’autres des aliénées de la religion patriarcale, incapables de quitter ce système oppresseur ; d’autres encore des excitées, folles à lier, qu’on devrait faire taire. »

Mais nous, de L’autre Parole, qui disons-nous que nous sommes ? La Collective répondit : « Nous sommes des passionnées de justice, profondément en colère contre toutes les formes d’oppression que subissent les femmes, et à la suite de Déborah, de Houlda, de Myriam, de Phoebé et de Vasthi nous annonçons haut et fort de Bonnes Nouv’ailes : Toutes les personnes deviendront bienheureuses car nous renverserons les puissants de leurs trônes, les affamées seront rassasiées, les riches seront renvoyés les mains vides et nos corps désenchaînés pourront enfin enfanter un monde de liberté.

 

Atelier 2. Les femmes de L’autre Parole se réunissent en colloque. Elles se demandent :  « Qui sommes-nous ? ». « Qu’est-ce que le monde dit de nous ? » « Que disent les autres femmes et les hommes ? » « Et l’institution, que dit-elle ? »

Certains disent : « Vous êtes une « gang » de lesbiennes en guerre contre les hommes. » L’institution dit : « Votre place est à la maison pour faire des enfants. » Certaines femmes disent :  « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous n’êtes pas « tanné » de vous battre contre une Église sexiste ? » D’autres disent : « Eh ! Que vous êtes courageuses ! Vous n’êtes pas assez connues ! » D’autres disent encore : « Votre parole et votre lutte nous font du bien. » D’autres demandent : « D’où vient le groupe L’autre Parole ? Comment l’as-tu connu ? » D’autres disent :  « Vous êtes des féministes radicales parce que vous vous attaquez à la racine de l’oppression des femmes i.e. le patriarcat. On a besoin de femmes comme vous ; ne lâchez-pas ! »

Nous, nous affirmons que nous sommes disciples féministes de Jésus-Christ ! NOUS SOMMES CHRISTA, nous formons L’EKKLÈSIA en marche, nous sommes engagées solidairement avec les femmes du monde entier pour faire advenir un monde de justice, d’égalité et de liberté ! ( Quand je chante, je chante avec toi liberté…en murmurant doucement )

 

Atelier 3. Le 21 août 2004, les membres de L’autre Parole se trouvent rassemblées sur les bords de la rivière Richelieu . Elles s’interrogent sur ce que les gens disent d’elles.

Certains disent : Elles sont « flyées ». D’autres disent qu’elles sont contre le pape. D’autres encore disent : Elles détruisent les relations entre les hommes et les femmes. D’autres heureusement disent : Elles nous présentent une façon de voir l’Église aujourd’hui.

Après une longue journée d’échanges, de propositions et de contre propositions sur leur façon de s’engager dans un monde nouveau, elles se reconnaissent encore comme une Collective de femmes féministes et chrétiennes proches des femmes dans toutes leurs diversités.

 

Atelier 4. Christa se rendit dans la région proche du Richelieu Elle demanda aux membres de L’autre Parole : Que disent les gens au sujet de la fille de l’humanité?

Elles répondirent : Certaines disent que tu es Marie, d’autres que tu es Deborah, et d’autres encore que tu es Judith ou une autre prophétesse. Et vous, leur demanda Christa : « Qui dites-vous que je suis? » Madeleine répondit : Tu es la Messie, la fille de la Dieue Vivante, tu es celle qui vient apporter la libération, l’égalité, la paix, la justice et la solidarité.

Puis Christa invita les membres de L’autre Parole par ces mots :  « Allez donc libérer les femmes de toutes les nations, détruisez leurs chaînes et apprenez-leur à libérer les autres femmes violentées et prisonnières au nom de Dieue, Christa et Sophia.  Amen.

Partage du pain de vie et du fruit de la vigne

Après le partage de la Parole, vient le partage du pain et du vin.

Carmina fait d’abord le lien entre la présentation des ré-écritures  et le partage du pain et du vin

Une musique douce favorise l’intériorité

Yveline lit le passage de la Bonne Nouvelle selon Marc 8, 27-30

« Jésus et ses disciples partirent ensuite vers les villages proche de Césarée de Philippe. En chemin il leur demanda :

Que disent les gens à mon sujet ?

Ils lui répondirent :

Certains disent que tu es Jean-Baptiste, d’autres que tu es Élie et d’autres encore que tu es l’un des prophètes.

Et vous,  leur demanda Jésus, « QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS ? »

Carmina présentant le pain dit: « Tu es le Pain de Vie que nous allons partager ».

Le pain, rompu par chacune, est présenté à la voisine en disant : « Voici le Pain de Vie »

Yveline reprend ensuite : « ET VOUS QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS »

Denise Cossette présente alors la coupe de Vin en disant : « Tu es la Vigne et nous les sarments ».

La Coupe passe de mains en mains : « Voici la coupe de la Vie »

Un moment de silence d’intériorisation, puis c’est la danse du Temple, danse d’unité , d’action de grâces, un hommage à la Mère- Terre, exécutée par toute l’assemblée.

 

Rite d’envoi

Yveline :  Nous voici à cet instant de la célébration que l’on nomme : RITE D’ENVOI

Au cours de cette journée, nous nous sommes demandé qui nous étions, ce à quoi nous tenions.

« Vous êtes le sel de la terre » nous dit Jésus.

Je propose que nous nous arrêtions quelques secondes sur la symbolique du sel que nous n’avons pas eu souvent l’occasion d’aborder. Jésus nous a dit : « le sel est une bonne chose, mais si le sel devient fade, avec quoi le salera-t-on ? ayez du sel en vous-même et soyez en paix les unes avec les autres ».

Cet appel nous est aussi adressé aujourd’hui. Nous sommes le sel de la terre.

Les femmes ne possèdent que 1% des terres dans le monde, ai-je appris durant la préparation à la Marche mondiale des femmes. Et pourtant, la terre n’appartient-elle pas à Dieu ? Que ferons-nous pour qu’elle soit épargnée ?

Ne laissons pas mourir la terre !

( chez les Arabes, lorsqu’on dit  « on a bu l’eau, on a mangé le sel ensemble », cela sous-entend qu’on a vécu des moments importants ensemble et qu’une forte amitié nous unit).

Je nous invite donc à donner du goût à la terre, à donner du goût à la vie humaine pour que les rêves ne s’affadissent pas : rêve de justice, rêve de tendresse et de paix entre les peuples.

ALORS: NE PARTEZ PAS SANS SEL ! ! !

J’invite nos amies à remettre à chacune un petit baluchon de sel pour la route !

Merci à toutes et que Christa nous accompagne sur tous nos chemins!

 

 

 Textes remis à chaque membre de l’assemblée : l’hymne de la Pentecôte : le Veni Creator, l’extrait du Messie de Handel, de la commémoration de la dernière cène et du Laudate Dominum de Mozart (Psaume 116).

 

Liminaire

Faisons le point... ! ?

Le monde change. Me pardonnerez-vous
ce lieu commun ? Sans doute,
puisque cette constatation fort banale,
j’en conviens, justifie la démarche qui
nous rassemble aujourd’hui. S’il nous
faut « faire le point » c’est que le
contexte politico-social et religieux
qui prévalait au moment de la création
de L’autre Parole s’est profondément
transformé.

Au milieu des années soixante-dix,
notre avenir comme chrétiennes féministes
nous paraissait ouvert. Nous allions,
avec d’autres femmes engagées,
mais en misant sur l’originalité de notre
double appartenance, contribuer à
l’amélioration de la condition de la
moitié féminine de l’humanité et à sa
conquête de nouveaux rôles dans nos
communautés chrétiennes. Ce faisant,
nous serions partie prenante dans l’avènement
d’un monde plus à l’écoute
des femmes, pour entendre l’expression
de leurs aspirations et l’ouvrir à la
pleine mise en oeuvre de tous leurs talents,
si souvent et si longtemps mis
en veilleuse ou abusivement balisés
par le système patriarcal. C’était notre
profond attachement aux valeurs évangéliques,
à la justice notamment, telle
qu’elle est exprimée avec des accents
révolutionnaires dans le Magnificat
qui nous donnait toutes les audaces.

Durant plus d’un quart de siècle, nous
avons tenu le coup malgré des marées
et des vents « venus de loin ». Certaines
en étaient pourtant arrivées à
craindre que nous pourrions manquer
de souffle et, pire encore, d’espérance.
Le colloque de 2004, qu’on se le dise,
vient de faire la preuve que nous
avons encore le goût et la force,
comme féministes chrétiennes, de lancer
des débats, de défendre des causes
et de promouvoir les valeurs qui nous
font vivre et espérer.

Nous vous invitons dans ces pages à
nous accompagner dans nos questionnements
et dans la recherche de réponses
ouvrant des voies d’avenir, nous
vous convions à partager nos élans et à
célébrer, dans la joie et la confiance,
l’enracinement dans l’Évangile, l’amour
et l’espérance qui continuent à
nous habiter envers et contre tout

Marie Gratton
Myriam